Devenir mannequin au Liban : une Algérienne raconte l’envers du décor

Devenir mannequin au Liban : une Algérienne raconte l’envers du décor

14:04  jeudi 26 mai 2016 | Par Hadjer Guenanfa et Nacereddine Benkharef | Actualité 
Celia Halilou, qui figure parmi ces femmes, a vu son rêve de devenir mannequin se transformer en cauchemar.
CELIA HALILOU, QUI FIGURE PARMI CES FEMMES, A VU SON RÊVE DE DEVENIR MANNEQUIN SE TRANSFORMER EN CAUCHEMAR.
Celia Halilou rêvait de booster sa carrière dans le mannequinat au Liban avec le concours de Miss World Next top model. À Beyrouth, cette jeune fille algérienne de 22 ans découvre que l’agence libanaise organisatrice de l’événement n’était qu’une sorte de devanture. Son voyage au pays du cèdre vire au cauchemar. Récit.
« J’ai décidé de parler pour qu’aucune fille ne participe à ce concours et ne se retrouve dans ce genre de situation », explique d’emblée cette étudiante en langues étrangères. Après avoir publié un message sur sa page Facebook, Celia accepte de raconter à TSA sa mésaventure. Tout a commencé le 27 avril. La jeune fille est contactée par Elie Nahas, patron de l’agence libanaise Style Event, organisatrice de l’évènement.
Elle et son amie sont sélectionnées pour participer à l’édition 2016 de Miss world next top model,  un concours très connu au Liban, selon Celia Halilou. Les deux mannequins ont participé à un casting organisé au centre commercial de Bab Ezzouar à Alger en 2015 pour prendre part à cet événement. « J’ai dit oui sans hésitation. Pour moi, c’était un concours prestigieux », confie-t-elle.
La participation de plusieurs Algériennes aux précédents événements organisés par le patron de Style Event la rassure. Elle reçoit son billet d’avion rapidement et arrive à l’aéroport international de Beyrouth le 15 mai à trois heures du matin (heure locale).  « Nous étions 44 candidates dont deux Algériennes, une Marocaine, des Russes, des Ukrainiennes… », avance Celia.
Au début, le groupe de jeunes mannequins venus d’Europe et du Maghreb est logé dans un hôtel quatre étoiles, The Monroe Hotel Beirut. « Une fois arrivées à l’hôtel, on nous demande de nous lever tôt pour partir à la plage vers 11 heures. On passait nos journées dans des lieux (notamment chez des nutritionnistes) appartenant à des sponsors de l’événement », précise Celia.

Boites de nuits et hommes âgés

« La nuit tombée, les organisateurs nous emmenaient vers des restaurants et des boites de nuit où des hommes âgés dont des ambassadeurs nous accompagnaient. Au milieu de la soirée, on constatait que des filles disparaissaient pour ne revenir que le lendemain. Je commençais à trouver ça étrange », poursuit la jeune étudiante.
Au bout de 48 heures, les deux filles n’arrivent plus à suivre le rythme. « Quand je leur ai posé la question sur les répétitions, ils nous disaient cinq jours avant le concours. Pourquoi nous demander de venir alors le 15 mai pour un événement prévu le 31 mai ? », s’interroge-t-elle. Les deux candidates algériennes décident de ne plus sortir avec le groupe. « On restait enfermé à l’hôtel toute la journée », assure-t-elle.
Celia fait part à Elie Nahas de sa décision de retourner en Algérie. L’homme d’affaires lui réclame 1 000 dollars. « Je lui avais dit que je ne les avais pas. D’ailleurs, il le savait », se souvient-elle. La réponse du patron de Style Event ? « Payer avec le client ». « Quand on a dépensé tout notre argent dans la nourriture, on était obligé de sortir de temps en temps avec eux », poursuit-elle.
L’homme reformule sa proposition une nouvelle fois dans le bus en proposant un deal.  « Il est venu vers moi et m’a dit en souriant, si tu veux gagner un des 14 titres (lors du concours), on passe un deal. Ce dernier consiste à passer une heure avec un client contre la somme de 1 000 dollars », raconte-t-elle.

Proxénétisme

« C’est du proxénétisme ! », s’exclame sa mère qui a effectué des recherches sur Internet concernant cet homme. Elle découvre que le patron de l’agence a déjà été condamné. En 2012, l’homme d’affaires libanais a été condamné pour avoir dirigé un réseau de prostitution de luxe dans le sud de la France, qui procurait des jeunes filles à des princes arabes, et à Moatassem Kadhafi, selon Le Monde.
Le 19 mai, le groupe de mannequins est emmené vers un nouvel hôtel délabré, pour des raisons inconnues. Les deux Algériennes ne passeront pas plus de 24 heures dans cet établissement. « Nous leur avons acheté des billets à partir d’Alger », affirme la mère de Celia. En fin de journée, elles décident de partir vers l’aéroport. « Comme on n’avait pas le droit de sortir, le réceptionniste a tenté de s’y opposer », rapporte la jeune fille.
« Une véritable séquestration ! On était tellement inquiètes », ajoute sa mère. Les deux mannequins n’étaient pas certaines de trouver leurs billets d’avion. « De toutes les manières, pour nous, c’était soit l’aéroport, soit l’ambassade d’Algérie à Beirut. Mais on a finalement récupéré nos billets l’aéroport. Je me suis sentie en sécurité une fois arrivée dans la salle d’embarquement », dit-elle.
Le patron de Style Event envoie un message à l’amie de Celia le soir même : « Vous rentrez de suite à l’hôtel ! ». L’homme ignorait sans doute que ces deux candidates algériennes étaient déjà dans l’avion. Contacté par TSA, l’organisateur de World Top Next Model reste évasif dans ses réponses en affirmant que cette jeune fille s’était rendue au Liban « pour se faire de l’argent ».

La version de Elie Nahas

«  Celia a vu qu’elle n’allait rien obtenir, elle a donc créé cette polémique », lâche-t-il. Elie Nahas dit s’être habitué aux accusations. « Je suis dans le milieu depuis 15 ans, et j’ai beaucoup d’ennemis. Elle (Celia) veut venir au Liban pour se faire de l’argent », indique-t-il sans donner d’autres précisions. L’agence algérienne Shine Agency qui a organisé le casting connaissait-elle le passé du patron de l’agence libanaise ?
Une manager de Shine Agency indique s’être retirée de la sélection des candidates dès 2015. «Il y avait deux intermédiaires, un Algérien et un Libanais. Ces derniers voulaient choisir la fille qu’ils voulaient et l’envoyer sans tenir compte de l’avis de l’agence », relate-t-elle. Pour eux, le casting devait se faire « dans les règles ». « C’est à ce moment qu’on a décidé de se retirer, et les laisser faire ce qu’ils veulent », assure-t-elle.
Rentrée en Algérie le  21 mai, Celia n’a pas déposé plainte : « Ça ne m’a pas effleuré l’esprit de le faire au Liban. Tout ce que je voulais, c’était de rentrer en Algérie ».

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