Importations de véhicules par les particuliers : pourquoi c’est une mauvaise mesure

Importations de véhicules par les particuliers : pourquoi c’est une mauvaise mesure

12:43  jeudi 26 mai 2016 | Par Tewfik Abdelbari | Actualité 
Au lieu de se reposer sur des acteurs officiels qui permettent une certaine traçabilité et une régulation accrue des transactions et du marché, le gouvernement ouvre une brèche dans son propre dispositif.
AU LIEU DE SE REPOSER SUR DES ACTEURS OFFICIELS QUI PERMETTENT UNE CERTAINE TRAÇABILITÉ ET UNE RÉGULATION ACCRUE DES TRANSACTIONS ET DU MARCHÉ, LE GOUVERNEMENT OUVRE UNE BRÈCHE DANS SON PROPRE DISPOSITIF.
Une note des Douanes algériennes est venue confirmer, mercredi 25 mai, la décision du gouvernement d’autoriser les personnes physiques et morales à importer des véhicules pour leurs propres besoins. C’est pourtant une porte ouverte à de nombreux dépassements.
TSA recense cinq points démontrant pourquoi c’est une mauvaise mesure.

Des modalités inconnues

Le gouvernement ne précise à aucun moment les modalités pour l’importation directe de véhicules par les particuliers ou les entreprises. Certes, ces véhicules ne doivent pas être destinés à la revente en l’état. Soit, mais au bout de combien de temps (ou quel kilométrage) peut-on revendre son véhicule ?
Une chose est sûre, le gouvernement ne peut pas interdire la revente d’un véhicule par un particulier dûment réglé et dont il est propriétaire. Cela constituerait une atteinte à la propriété privée. Du coup, rien n’empêche des individus de vendre ces voitures au bout de quelques kilomètres au compteur. Le véhicule est alors considéré comme une voiture d’occasion mais sera vendu au prix du neuf, voire plus cher vu la pénurie de véhicules.
Autre modalité à clarifier : comment le paiement s’opère-t-il ? Suffit-il de se présenter à la banque pour bénéficier de devises afin de régler le véhicule ? Dans ce cas, il s’agirait d’une aberration qui ne manquera pas d’impacter les réserves de change de l’Algérie.
Pire : au moment où l’allocation de devises pour le tourisme est limitée à environ 130 euros et où le recours au change officiel pour le paiement des études ou des soins à l’étranger est interdit, il serait injuste de l’autoriser pour l’importation de véhicules. Une question de moralité et de priorité.
Ou alors, il s’agira pour les clients de présenter leurs propres devises pour régler ces achats. Dans ce cas, l’on encourage inconsciemment (ou sciemment ?) le marché parallèle et l’évasion de devises. Ces dernières flamberont donc sur le marché noir, provoquant des tensions en pénalisant les voyageurs et les malades qui se soignent à l’étranger.

Des prix exorbitants

Une fois la question des modalités réglée, se posera un autre problème : les prix auxquels ces véhicules seront achetés à l’étranger. Les particuliers n’ont pas le privilège d’être en contact direct avec les constructeurs, contrairement aux concessionnaires agréés. Ces derniers obtiennent des prix de gros auprès des marques étrangères, étant donné qu’elles achètent des véhicules en grandes quantités.
Ainsi, les prix des voitures achetées directement par les particuliers seront beaucoup plus élevés. Une mesure incompréhensible à un moment où le gouvernement tente de limiter les sorties en devises du pays.
Autre souci : les risques de surfacturation. Il suffit pour un particulier de demander une facture pro-forma à un concessionnaire ou un garage à l’étranger pour sortir la somme en devise nécessaire.

Des véhicules pas adaptés au marché algérien

On le sait : les véhicules commercialisés à l’étranger et ceux destinés au marché algérien n’ont pas les mêmes caractéristiques. Ils ne sont pas soumis aux mêmes normes, notamment en termes de moteurs.
En Europe, les véhicules sont équipés de filtres à particules et les moteurs sont aux normes « Euro 5 », voire « Euro 6 ». Il s’agit là de types de carburants, plus ou moins raffinés. En Algérie, nous en sommes toujours aux normes « Euro 2 » ou 3.
Les véhicules sont donc plus susceptibles de tomber en panne. Ou alors, ils doivent subir des modifications « au noir », notamment pour retirer les filtres à particules. Les risques sur la sécurité sont évidents.

Qui va assurer le service après-vente

L’avantage d’avoir des concessionnaires locaux est l’existence de service après-vente. Mais quand un Algérien va acheter un véhicule à l’étranger, qui va assurer ce service ? Certaines grandes marques offrent des garanties internationales. Mais ces garanties ne s’appliquent que dans des cas comme l’incompatibilité des carburants par exemple.

Désorganisation du marché

Enfin, avec cette mesure, le gouvernement risque d’ouvrir la boîte de pandore. L’on constate une absence de logique dans la démarche : d’un côté, l’on tente d’organiser le marché en régulant les importations de véhicules à travers la mise ne place de licences d’importations. De l’autre, on l’ouvre pour les entreprises et les particuliers, de manière anarchique et sans indiquer les modalités.
Au lieu de se reposer sur des acteurs officiels qui permettent une certaine traçabilité et une régulation accrue des transactions et du marché, le gouvernement ouvre une brèche dans son propre dispositif, favorisant une anarchie qu’il ne peut contrôler que difficilement.
Par ailleurs, ces véhicules ne seront pas soumis au cahier des charges sur les normes automobiles. Cela comporte tout d’abord des risques pour la sécurité des conducteurs. Mais cela crée également une injustice flagrante : les concessionnaires sont soumis à des règles strictes (et c’est une bonne chose), mais les entreprises et particuliers pourront passer outre. Une forme de « deux poids, deux mesures » qui ne manquera pas d’étouffer les concessionnaires automobiles en Algérie, détruisant ainsi les seuls acteurs plus ou moins sous le contrôle de l’État.

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