Le patriotisme des acteurs de l’économie informelle en question

Le patriotisme des acteurs de l’économie informelle en question

16:15  jeudi 26 mai 2016 | Par Yacine Babouche | Actualité 
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Pour faire face à la crise économique suite à l’effondrement des cours du pétrole, l’État algérien a, entre autres, misé sur la récupération de l’argent qui circule dans l’économie informelle, qui représenterait 37 milliards de dollars. Pour ce faire, l’État a mis en place ces derniers mois deux dispositions censées être incitatives.
La première a d’abord consisté à offrir une amnistie fiscale aux acteurs de l’informel. Ces derniers ont par conséquent été appelés à « bancariser leurs fonds » sans pénalités et sans poursuites, et ce contre le paiement d’une taxe forfaitaire de 7%. La mesure a représenté un échec cuisant. La mesure suivante a ensuite consisté à lancer un emprunt obligataire national, permettant d’acquérir des bons du Trésor anonymes avec un taux d’intérêt de 5% minimum. Une mesure qui une fois encore ne peut clairement pas être qualifiée de succès.
Malgré ces mesures censées encourager à revenir dans le circuit formel, la quasi-totalité des acteurs du secteur informel ont fermement tourné le dos aux appels du gouvernement à bancariser leurs fonds. Absence de mesures punitives pour accompagner les mesures incitatives, manque de confiance dans les compétences de l’État, crainte de voir l’État affecter la valeur des obligations en dévaluant grandement la monnaie nationale, crainte d’un effondrement de l’économie… Les hypothèses expliquant le manque d’engouement du secteur informel pour l’emprunt obligataire sont nombreuses et justifiées.
Pourtant, à y regarder plus près, le secteur informel a tout intérêt à participer activement à l’emprunt obligataire national. L’intérêt ne réside désormais pas tant dans le fait de rejoindre le circuit formel et donc de régulariser sa situation, mais bien dans le salut de l’Algérie. Bien que vrai, le constat qui dit que le gouvernement est le premier et principal responsable de la situation économique catastrophique de l’Algérie ne suffit plus. Le gouvernement, par manque de compétence, n’a pour l’instant pas été capable de proposer une autre solution que celle bancale de l’emprunt obligataire pour combler le déficit de l’État. Il faut par conséquent s’y adapter, faute de pouvoir mettre en place un gouvernement plus apte à redresser l’Algérie. L’objectif pour tous les opérateurs économiques est donc aujourd’hui d’éviter l’effondrement de l’économie nationale, et de faire le maximum pour que la solution de facilité choisie par le gouvernement soit viable.
C’est dans ces paramètres que la participation des acteurs de l’informel à l’emprunt obligataire devient cruciale. Sans devoir faire appel à des notions galvaudées comme celle de la fibre patriotique, les acteurs économiques opérant dans l’informel doivent comprendre qu’il en va de la stabilité économique du pays, et donc de leur propre stabilité en tant qu’opérateurs économiques. Même en restant dans le circuit informel, une économie mise à genoux ne pourra en aucun cas permettre à ces opérateurs économiques de prospérer.
Pour un opérateur économique, refuser d’agir aujourd’hui malgré la pauvreté des solutions, c’est aller donc à l’encontre de son propre intérêt économique, en plus de celui du pays. À moins qu’au final l’intérêt économique n’est justement pas ce qui prime chez les acteurs de l’informel, mais plutôt l’intérêt politique… Celui de voir un contexte économique difficile offrir de nouveau un terreau fertile à la mouvance islamiste, auxquels la majorité des grands acteurs de l’informel en Algérie appartiennent.

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